Le 4 juin 2007
Quatre questions à
Valérie LORIN
« L’enjeu, c’est le pluralisme en France »
Le Mouvement Démocrate (MoDem) sera-t-il en mesure de constituer un groupe parlementaire ?
Valérie LORIN.
Sur le nombre de sièges, j’observe qu’il n’existe aucun
institut de sondages qui puisse estimer les 577 circonscriptions. Quant à moi, je me bats sur le terrain.
Si les Français veulent que les grands sujets soient débattus en pleine lumière, il faut qu'ils permettent à des voix différentes et indépendantes de s'exprimer à la tribune de l'Assemblée.
Je pense, par exemple, à la carte scolaire et au problème de la dette dont le gouvernement a annoncé qu'il allait le mettre, pour une période, entre parenthèses, ce qui est profondément
injuste. Ainsi, l'enjeu de cette campagne, est-il le pluralisme en France.
Le Nouveau Centre présente un programme législatif
pratiquement identique à celui adopté par l'UDF.
VL. L'électorat ne se trompe pas. Les électeurs
qui ont voté Bayrou l'ont fait parce qu'ils savaient qu’il voulait l'indépendance et la force du centre. Ce lien créé avec 7 millions d'électeurs n'a pas changé et aucune manœuvre ne le
troublera. Les électeurs savent exactement que des gens ont changé de ligne de conduite pour rallier le nouveau pouvoir. Ce sont des attitudes très anciennes archaïques.
Et les désistements. A quel profit ?
VL. Il n’existe aucun accord
d'appareil. Au premier tour, nous allons, Emmanuel Cadeau et moi sous nos propres couleurs. Nous verrons au soir du premier tour quel est le meilleur moyen de favoriser le pluralisme en
France.
Quel jugement portez-vous sur le début du quinquennat Sarkozy et sur sa propension à traiter en direct les dossiers ?
V. Il est très bon en matière de communication
politique. Mais l'idée qu'un seul homme puisse traiter en direct des problèmes est inquiétante. Tous les systèmes politiques fondés sur un pouvoir concentré entre les mêmes mains ont
échoué.
Propos recueillis par Jean-Pierre Damard
Le 30 Mai 2007 : Politique fiscale
Nicolas Sarkozy a affirmé mardi, au Havre, que la déduction fiscale des intérêts "s'appliquera à tous les emprunts (immobiliers) en
cours" pour l'achat d'une résidence principale. Elément anticipé dans notre dernier article.
Quatre éléments de réflexion si vous me le permettez.
1. En l'absence de garde-fou, cette mesure, paradoxalement, donnerait un avantage considérable aux ménages dotés d’un fort pouvoir d’achat capables de se porter acquéreur de biens
immobiliers en contractant des emprunts, mais dont l’objectif serait prioritairement de défalquer les intérêts de ces
derniers: autrement dit une logique d’optimisation fiscale.
2. Ce mécanisme risque d’alimenter "l'inflation immobilière". Les ménages ne doivent pas alors
oublier une chose : ce qu’ils gagneront sur le plan fiscal, ils pourront le perdre du fait de l'augmentation des
prix" :
3. En outre, la mise en oeuvre de cette idée pèsera sur les finances publiques mais N. Sarkozy fait abstraction des avis des experts de Bercy qui soulignent le coût
exorbitant d’une telle mesure qui à cet égard n’est pas totalement calibrée : le montant des intérêts déductibles
sera-t-il plafonné et à quel taux ? Sur quelle durée ? En cas de plafonnement, doit-on envisager une sectorisation géographique (on pense aux différences du prix du m2 selon les
régions)? Les primo-accédants vont-ils conserver l'éligibilité au Prêt à Taux Zéro ? Autant de questions dont nous n’avons toujours de réponses !
4. Les professionnels de la région observent unanimement une stabilisation, voire un repli, des ventes de logements due à l'incapacité des ménages les plus modestes et même la
« classe moyenne » à faire face aux logiques spéculatives du marché immobilier. D’ailleurs, certaines de
ces familles sont peu ou pas imposables. La déduction des intérêts d'emprunts n'est donc pas susceptible de les solvabiliser.
Le 29 Mai 2007 :Vous avez dit politique de rupture ?
Le gouvernement, contrairement au discours de la campagne présidentielle, ne
s'est pas engagé dans une politique de rupture mais plutôt dans l'application de mesures symboliques dans la perspective des législatives.
Car que nous annonce vraiment le gouvernement ? Tout simplement une politique de relance keynésienne habituelle de droite qui privilégie les réductions fiscales à
la hausse de la dépense publique. Tout ceci avec le risque de voir la dette exploser, suite à son incapacité à réduire effectivement la dépense. La stratégie relancer la croissance via un «
choc
fiscal » d'abord, éponger le déficit ensuite est en soi douteuse. Mais c'est ce qui se fait depuis vingt cinq ans !!!! (voir article suivant). A y regarder de plus près, ce « choc
fiscal » est plus symbolique qu'autre chose : qui est réellement concerné par la suppression des droits de
succession sachant qu'il existe déjà tout un ensemble d'exonérations ? Quitte à faire de la politique de la demande, pourquoi ne pas appliquer la déduction des intérêts des emprunts servant à
financer l'achat d'une résidence principale pour les propriétaires qui sont déjà en train de rembourser leur emprunt ?....L'impact de ces dispositifs sur la croissance économique est assez
aléatoire, mais surtout, ils sont en décalage avec les promesses électorales du candidat dont la priorité était celle de la réforme en profondeur de l'Etat, pour lui restaurer des marges de
manoeuvre. Mais la campagne législative est passée par là !!!!!
Le 28 Mai 2007 : La politique de l'autruche : pour combien de temps encore ?
S'il faut réaliser un certain nombre de ruptures dans la politique économique de la France, il faut se pencher au préalable sur les
nombreuses analyses des origines de la faiblesse de la croissance française. De nombreuses études montrent que ces "politiques économiques de rupture" doivent être concentrées autour de
l'objectif d'augmentation de la croissance potentielle. Pour cela deux hypothèses doivent être admises :
1. Le soutien de la demande n'a pas de sens, puisque l'activité bute sur des contraintes d'offre. Depuis trente ans, les politiques
économiques qui ont été menées en France n'ont pas préparé l'avenir. Elles ont soit été court termistes (soutien de la conjoncture), soit l'expression de postures purement idéologiques. Elles ont
fait malheureusement abstraction de problèmes structurels inhérents aux mutations de l'économie mondiale. Ceci nécessite donc de réformer courageusement notre économie.
2. Les finances publiques continuent à se dégrader tendanciellement. Le vieillissement démographique entraînera une augmentation des
dépenses courantes de retraite mais aussi des dépenses de santé. Là aussi l'absence de courage politique confère à une véritable politique de l'autruche car ces mouvements inscrits dans le long
terme étaient prévisibles. On comprend alors mieux pourquoi aujourd'hui le gouvernement est tenté de mettre un grand nombre de risques sur le marché ce qui naturellement aura pour conséquence de
fragiliser les liens sociaux. On pense à la franchise santé avec laquelle les français pourraient perdre sur les deux tableaux : à la fois sur l'égalité d'accès aux soins, et sur l'inflation des
dépenses de
santé.